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ptoleme
Description du blog :
Ce blog a pour objectif de décrire la vie de certains enfants issus de l'immigration.
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
29.06.2007
Dernière mise à jour :
29.06.2007
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De Tunis à Paris,chroniques d'un enfant traumatisé

Posté le 29.06.2007 par ptoleme
L’EVÉNEMENT

Le son strident des cymbales déchirait l’atmosphère de ce quartier populaire à l’agitation palpable ; les instruments à vent soufflaient un air à la fois festif et saccadé comme s’ils laissaient présager ce qui allait arriver à Elias dans les heures qui allaient suivre.
Elias est un petit garçon de 6 ans dont l’innocence et la malice n’ont d’égale que son physique enrobé. Partagé entre deux cultures, l’une occidentale et l’autre orientale, il s’apprête à vivre aujourd’hui un événement bien particulier qui le marquera certainement de façon profonde et indélébile.

Il est 17h00 et le grondement tonitruent de la fanfare sonne le glas. Les convives, dans une excitation sans limite mettent en place les derniers préparatifs de la cérémonie : Digne accueil des invités avec mets, boissons et orchestre folklorique, organisation logistique quasi militaire avec convoi entre les deux bases ou allaient se dérouler ce qui allait être une boucherie sanglante, et aussi et surtout l’arrivé du protagoniste le plus important, le maître boucher.

Le boucher en question est un praticien non agréé puisque traditionnel. Sans avoir la moindre connaissance chirurgicale avec toutes les précautions de sécurité que cela implique, il a été à même de circoncire plusieurs enfants dont, entre autre, les oncles de Elias alors qu’il n’était même pas encore né.

Se trouvant totalement instrumentalisé, Elias ne réalisait pas ce qui allait lui arriver et, d’ailleurs, personne ne se doutait de la tournure dramatique qu’allait prendre l’événement.
Une piqûre à la fesse en guise d’anesthésient et soudain il sentit une odeur forte et âcre lui picoter les narines. Il jeta un regard à sa droite et vit le boucher passer un coton imbibé d’alcool sur les lames tranchantes d’un ciseau en acier. Il comprit. Son petit oiseau allait être estropié, mutilé.
Pétrifié, il se laissa allonger sur le lit sans dire un mot, sans émettre le moindre son. De toute façon, le vacarme qui l’entourait, constitué de la mélodie criarde de la cornemuse folklorique tunisienne (le célèbre Mezoued) et la polyphonie incantatoire des youyous de célébration des femelles auraient très certainement couvert ces hurlements chargés de terreur et de stupeur.
Avant même que l’anesthésiant ait pu faire effet, il sentit une douleur qu’il n’avait jamais connue auparavant. Une sorte de brûlure vive, intense et nette, suivie d’une chaleur humide lui envahit l’extrémité de son intimité. Les lames affûtées du ciseau avaient en quelques dixièmes de seconde tranché de façon violente et catégorique son prépuce. Le sang jaillît tel la lave d’un volcan en éruption. Des hurlements aigus et perçant sortirent des tripes d’Elias, qui avait été saigné à vif. Plus la douleur impitoyable le tiraillait et plus il se compressait et se relâchait ce qui engendrait des effusions de sang par saccade le plongeant dans une agonie lancinante et pulsatile.
L’hémoglobine abondante et les vociférations de douleur étaient tellement inhabituelles que les gens qui assistaient à la scène comprirent qu’il s’agissait bien désormais d’une question de vie ou de mort ; Elias n’avait pas assez été endormi.
Le lit à deux places qui faisait office de lit conjugal et incarnait une vitrine lisse d’un couple à l’union pour le moins rugueuse était imbibé de sang. La grand-mère d’Elias, shehrazad, lui expliqua par la suite que l’hémorragie était si importante, que le matelas n’avait pu absorber le liquide qui coulait à flots et que des gouttes arrivaient même à passer à travers.
Mais il s’en souvenait bien le petit... Il se souvenait avoir été transporter à tombeau ouvert par Hedi, l’ami de la famille, à la clinique d’urgence car son père Boujemha sirotait une bière pendant que son fils se vidait de son sang. Il se souvenait entendre les chirurgiens dire à son oncle : « Il a beaucoup de chance que vous soyez là car vous êtes le seul à avoir le même facteur resus ; sans vous, il y restait ». Il se souvenait également de la voisine qui voulait absolument rentrer chez elle et qui demandait à boujemha de la raccompagner...
Bien sûr, il se souvenait de tout cela. Tout cela étant le résultat de l'ineptie et de l'obscurantisme de la tradition face à la perfection et à l'objectif de sécurité de la médecine moderne pensait-il.
Une erreur de dosage d’anesthésiant par rapport au rapport taille poids avait bien faillit coûter la vie à Elias ; pour sûr qu’il s’en souvenait.



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De Tunis à Paris;chroniques d'un enfant traumatisé

Posté le 29.06.2007 par ptoleme
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